
La dynamique de transformation numérique touche presque tous les secteurs en Afrique. Dans l’éducation, les initiatives se multiplient pour moderniser les universités et offrir aux étudiants des conditions d’apprentissage plus adaptées.
Au Bénin, le Conseil des ministres a approuvé le mercredi 1er juillet la contractualisation avec plusieurs prestataires pour un projet de télé-enseignement destiné aux 4 universités publiques du pays. Dès la rentrée 2026-2027, elles seront dotées d'amphithéâtres dédiés, d'une plateforme nationale de télé-enseignement (etudiant.bj), et de studios d'enregistrement audiovisuels.
L'objectif est de garantir à chaque étudiant, quelle que soit sa localisation géographique, un accès équitable à un enseignement d'excellence. La décision béninoise illustre une tendance de fond. À travers l'Afrique, les universités numérisent progressivement leurs services et leurs pratiques pédagogiques pour se rendre plus accessibles.
Des services administratifs de plus en plus dématérialisés
La numérisation touche d'abord ce qui coûte le plus de temps aux étudiants : les démarches d'inscription. Au Bénin, l'Université d'Abomey-Calavi a rendu disponible les inscriptions et réinscriptions en ligne dès 2024-2025, mettant fin aux longues files d'attente qui caractérisaient la rentrée.
La même logique prévaut au Sénégal, où l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar centralise depuis août 2024 le dépôt des dossiers d'admission sur des plateformes dédiées, et en Algérie, où le système national PROGRES (Progiciel de gestion de la recherche et de l'enseignement supérieur) regroupe préinscriptions, confirmations et paiements des frais sur un portail unique.

En République démocratique du Congo, l'étape suivante est déjà franchie. Les universités de Kinshasa et de Lubumbashi s'appuient sur OptSolution pour gérer l'ensemble du processus d'inscription en ligne. Plus à l'est, l'Université de Nairobi au Kenya offre un exemple encore plus intégré : son portail étudiant SMIS (Student management information system) regroupe en un seul accès le paiement des frais par M-Pesa ou virement bancaire, la consultation des résultats d'examens, les relevés de notes et les demandes de logement.
Ce que le Kenya a construit, c'est moins une plateforme d'inscription qu'un guichet administratif numérique unique, un niveau que peu d'universités africaines ont déjà atteint.
De la gestion des diplômes à la lutte contre la fraude
La numérisation ne s'arrête pas aux services administratifs courants. En juillet 2025, la RDC a lancé e-Diplôme, une plateforme publique fondée sur la blockchain, qui permet de vérifier en temps réel l'authenticité d'un diplôme officiel à partir d'un simple QR code. Le moteur de cette initiative est explicite : lutter contre la fraude documentaire, un problème structurel qui fragilise la confiance dans les titres académiques délivrés sur le continent.
Plusieurs universités francophones membres de l'Agence universitaire de la Francophonie vont dans le même sens, en recourant à la certification blockchain BCdiploma pour leurs propres attestations. Ce chantier s'inscrit dans une dynamique plus large, accélérée par la crise de la Covid-19. Entre 2020 et 2021, la fermeture des campus a forcé un virage numérique improvisé à travers toute l'Afrique.
L'Union africaine reconnaît elle-même que les États membres n'étaient pas préparés, puisque plusieurs ont dû recourir à la radio et à la télévision pour maintenir une continuité pédagogique minimale. Les universités déjà engagées dans leur transition avant la pandémie ont mieux résisté. Par exemple, l'Université de Cape Town a maintenu 95 % de ses cours en ligne dès le premier confinement.
L'efficacité opérationnelle constitue un troisième moteur : à Abomey-Calavi, la dématérialisation des inscriptions a d'abord été justifiée par la réduction des files d'attente et du temps de traitement des dossiers, avant de s'étendre à d'autres services.
Une transformation sous contrainte budgétaire
Cette modernisation se heurte néanmoins à une problème financier de fond. Le déficit de financement de l'éducation en Afrique dépasse 40 % des besoins annuels estimés, avec 183 milliards USD nécessaires chaque année contre 106 milliards disponibles. L'enseignement supérieur n'est pas le maillon le plus pénalisé : il capte en moyenne 20 % des budgets éducatifs nationaux, contre 2 % pour le pré-scolaire.
Mais la numérisation universitaire progresse moins par un effort national dédié que par des financements internationaux ciblés. Le Programme des Centres d'excellence de l'enseignement supérieur de la Banque mondiale a ainsi permis la création de plus de 80 centres dans 20 pays d'Afrique subsaharienne, plusieurs étant orientés vers les technologies de l'information.

La transformation numérique africaine reste également loin en deçà de ce que pratiquent déjà les institutions universitaires les plus avancées. L'Arizona State University, aux États-Unis, a construit un jumeau numérique complet de son campus, conçu en grande partie par ses étudiants, et qui sert d'outil de planification en temps réel pour la gestion énergétique et l'aménagement des espaces. Elle a déployé une infrastructure blockchain pour la gestion des diplômes, et propose un campus virtuel immersif où étudiants à distance et sur site interagissent lors de cours en direct.
Ce niveau de sophistication est aujourd'hui encore éloigné pour la quasi-totalité des universités africaines, mais il ne signifie pas non plus que les universités occidentales ont achevé leur propre transformation. Selon le Digital Education Council, 86 % des étudiants utilisent déjà l'intelligence artificielle dans leur parcours académique, mais 80 % jugent que l'intégration de l'IA par leur propre université reste en deçà de leurs attentes.
La transformation numérique de l'enseignement supérieur est un chantier ouvert partout, mais à des stades très différents selon les continents.
Ce qu'il faudra surveiller
La trajectoire est engagée, mais deux questions restent ouvertes. La première est celle du rythme : les initiatives recensées, du télé-enseignement béninois aux diplômes blockchain congolais, montrent que des pays africains avancent sur plusieurs fronts simultanément, mais de façon encore inégale selon les régions et les ressources disponibles.
La seconde est celle des risques connexes : plus une université numérise ses services et ses données, plus elle s'expose aux cybermenaces, une situation ayant exposé en juin dernier les données de 450 000 étudiants et anciens élèves de l'Université de Nottingham, au Royaume-Uni.
Au-delà des infrastructures et des plateformes, le succès de cette transition dépendra aussi de la capacité des universités à accompagner enseignants et étudiants dans l'appropriation des nouveaux outils. La numérisation ne produit des gains durables que si elle s'accompagne d'investissements dans les compétences, la maintenance des systèmes, et un accès fiable à l'électricité ainsi qu'à Internet.
En Afrique, l'enjeu des prochaines années sera donc tant de multiplier les solutions numériques que de garantir leur pérennité, leur sécurité et leur utilisation effective à grande échelle.
Edité par : Feriol Bewa
