Centres de données sous-marins : la Chine passe du prototype à l'exploitation commerciale

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Alors que la demande en puissance de calcul explose sous l'effet de l'intelligence artificielle, la Chine a franchi une étape décisive en immergeant au large de ses côtes les premiers centres de données sous-marins commerciaux au monde. Une innovation qui pourrait bien redéfinir les standards de l'infrastructure numérique, y compris pour les pays en développement.

En mars 2023, le premier module du centre de données sous-marin de Lingshui, dans la province de Hainan, était officiellement mis en service. Chaque « data » (cabine de données) pèse 1 300 tonnes, l'équivalent de 1 000 voitures, et est immergé à 35 mètres de profondeur.

À l'intérieur, 24 baies accueillent de 400 à 500 serveurs. Chaque module est conçu pour durer 25 ans et peut traiter plus de 4 millions d'images haute définition en 30 secondes. Le projet prévoit à terme le déploiement de 100 modules.

Le refroidissement est assuré naturellement par l'eau de mer, dont la température moyenne autour de Hainan est stable. Résultat : l'énergie consacrée au refroidissement chute de 40 à 50 % à moins de 10 %. Comparé à un centre terrestre de capacité équivalente, l'installation permet d'économiser chaque année 122 millions de kWh d'électricité, 68 000 m² de terrain et 105 000 tonnes d'eau douce.

En mai 2026, la Chine a franchi un nouveau cap avec la mise en service d'un centre sous-marin au large de Shanghai, dans la zone de Lingang, directement raccordé à un parc éolien offshore.

Immergé à 10 mètres de profondeur et situé à une dizaine de kilomètres des côtes, ce projet d'un montant de 1,6 milliard de yuans (environ 200 millions d'euros) affiche une capacité totale de 24 MW, déployée en deux phases (la première étant de 2,3 MW).

Plus de 95 % de son électricité provient d'énergies renouvelables. Le facteur d'efficacité énergétique (PUE) est inférieur à 1,15, contre 1,4 à 1,6 pour un centre terrestre classique. La consommation d'eau douce est nulle et la consommation électrique est réduite de 22,8 %.

Le professeur Li Zhen, de l'université Tsinghua, souligne que les centres de données terrestres consacrent environ un tiers de leur électricité au refroidissement. Pour un centre sous-marin de même échelle, ce chiffre tombe à un dixième. Il estime que si tous les centres de données chinois (qui consomment actuellement 250 milliards de kWh par an) étaient placés sous l'eau, les économies annuelles atteindraient 50 milliards de kWh, soit l'équivalent de 15 millions de tonnes de charbon non brûlées.

La technologie n'est pas exempte de difficultés. La corrosion par l'eau de mer, l'étanchéité des modules et la stabilité des connexions internet nécessitent des solutions techniques pointues. Des experts évoquent également des risques de cyberattaques via les ondes sonores, un phénomène propre aux environnements sous-marins.

L'impact écologique sur les écosystèmes marins reste à surveiller. Si une étude menée en 2020 près de Zhuhai n'a pas révélé d'effet significatif sur la température de l'eau, des écologistes appellent à une vigilance accrue, surtout si le projet s'étend.

L'innovation chinoise pourrait avoir des résonances particulières pour le continent africain, qui connaît l'une des croissances numériques les plus rapides au monde.

L'Afrique dispose de milliers de kilomètres de côtes et d'eaux profondes dont la température reste stable toute l'année. La technologie des centres sous-marins, qui utilise l'eau de mer comme refroidissement naturel, est parfaitement adaptée aux ressources et à la géographie du continent.

De nombreux pays africains sont confrontés à des pénuries d'eau douce, d'électricité et de terrains disponibles. Un centre sous-marin de 2,3 MW peut économiser 40 000 tonnes d'eau douce par an et réduire drastiquement la consommation électrique dédiée au refroidissement. La technologie chinoise pourrait offrir une alternative viable aux modèles énergivores hérités des pays développés.

La Chine a déjà investi dans des infrastructures numériques sur le continent, comme le centre de données Galaxy Backbone au Nigeria (avec Huawei). La coopération sino-africaine dans le numérique s'inscrit dans une feuille de route officielle. Les centres sous-marins pourraient devenir un nouvel outil pour renforcer l'indépendance numérique des pays africains.

Les modules sous-marins sont préfabriqués et peuvent être transportés puis installés relativement rapidement. Cette approche modulaire réduit les coûts initiaux et permet un déploiement progressif, adapté aux besoins de chaque pays.

La Chine a prouvé que les centres de données sous-marins ne sont plus une expérience de laboratoire, mais une réalité commerciale opérationnelle. Si les défis techniques et écologiques restent à maîtriser, cette innovation ouvre une voie prometteuse pour un numérique plus sobre en énergie et en ressources. Pour l'Afrique, elle pourrait bien représenter une opportunité unique de franchir un cap dans son développement numérique, en s'appuyant sur ses propres atouts maritimes plutôt que de reproduire des modèles énergivores inadaptés à ses réalités.

 

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