Sécurité, énergie, informatique… : le quantique, une révolution que l'Afrique ne peut plus ignorer

 sciences quantiques

Alors que la recherche autour des sciences quantiques se projette comme le prochain champ de bataille de l'innovation mondiale, l'Afrique tente tant bien que mal de se frayer un chemin dans cet écosystème jusqu'ici dominé par les grandes puissances. Mais la dynamique naissante du continent bute encore sur des défis structurels majeurs.

Selon la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (UNECA) qui cite les données de Qureca Spain, les investissements mondiaux dans l’informatique quantique ont atteint environ 245 milliards de dollars en 2025, dont près de 109 milliards pour l'Europe, 95,7 milliards pour l’Amérique du Nord et 39,4 milliards pour l'Asie-Pacifique. L’Afrique cependant ne capte qu’environ 10,7 millions de dollars, illustrant un fossé d’investissement encore considérable mais aussi un manque d’intérêt stratégique face aux autres continents qui abritent des puissances technologiques établies ou en construction.

Il faut dire qu’en Afrique, les sciences quantiques qui étudient le comportement de la matière et de l'énergie à l'échelle microscopique (atomes, particules) — bien que porteuses d’un fort potentiel sont encore assez méconnues. L’UNECA milite d’ailleurs ardemment pour leur promotion. Dans son rapport économique sur l’Afrique 2026, publié sous le titre « Growth through innovation : harnessing data and frontier technologies for Africa’s economic transformation », l’organisation onusienne estime que les sciences quantiques figurent parmi les technologies dites « de frontière », capables de contribuer au développement économique du continent. Elles représentent, selon l’UNECA, une opportunité stratégique pour les pays africains désireux de renforcer leur souveraineté scientifique et technologique. Elles pourraient notamment jouer un rôle déterminant dans la sécurisation des communications, le développement de nouveaux matériaux, l’optimisation des systèmes énergétiques ou encore l’accélération de la recherche scientifique selon l’Université de Genève.

Une offensive diplomatique remarquée

Malgré la modicité des investissements consentis, comparés à ceux des grandes puissances économiques, une petite proportion des pays africains affiche tout de même déjà leur ambition de participer à cette nouvelle course technologique. En 2024, l’Égypte, le Ghana, le Sénégal et l’Afrique du Sud ont présenté conjointement une résolution sur les sciences quantiques devant l’Assemblée générale des Nations unies. Adoptée par consensus, cette résolution vise notamment à promouvoir le développement des capacités scientifiques dans les pays en développement et à renforcer la coopération internationale dans le domaine quantique. Pour l’UNECA, cette démarche témoigne de la volonté de ces États africains à participer à la définition des orientations et des normes qui encadreront l’évolution de cette technologie émergente. Une approche qui tranche avec les précédentes vagues d’innovations numériques, souvent développées sans implication significative du continent.

Au-delà des initiatives diplomatiques, des avancées scientifiques concrètes commencent également à émerger sur le continent. Le rapport cite notamment un projet mené en 2025 par des chercheurs chinois et sud-africains ayant permis d’établir une liaison quantique intercontinentale par satellite sur une distance de 12 900 kilomètres, présentée comme la plus longue du monde à ce jour. Cette expérimentation s’inscrit dans le développement de réseaux de communication ultra-sécurisés reposant sur les principes de la cryptographie quantique.

Cette technologie est considérée comme l’une des applications les plus prometteuses des sciences quantiques. Elle permet théoriquement de détecter toute tentative d’interception d’une communication, offrant ainsi des perspectives majeures pour la protection des infrastructures critiques, des systèmes financiers et des données gouvernementales. Toutefois, la vision africaine que promeut l’UNECA dans les sciences quantiques ne pourra se réaliser sans actions fortes et concrètes.

Former les talents et structurer l’écosystème

Dans le rapport, la Commission appelle les gouvernements africains à adopter une approche plus proactive afin d’éviter que le continent ne manque cette nouvelle révolution technologique.

La course à la suprématie quantique s’intensifie entre les grandes puissances. Les États-Unis, la Chine et l’Union européenne multiplient les programmes nationaux dotés de budgets colossaux, tandis que des entreprises privées comme Google, IBM ou Microsoft investissent massivement dans le développement de processeurs quantiques toujours plus puissants. Dans ce paysage hyperconcurrentiel, l’Afrique part avec un handicap structurel : un sous-financement de la recherche, des infrastructures numériques encore inégales et une fuite des cerveaux qui prive le continent de ses talents les plus prometteurs.

L’organisation recommande notamment la création de centres de recherche spécialisés dans les technologies quantiques, le renforcement des partenariats avec les institutions internationales de référence ainsi que le développement de programmes universitaires dédiés à la physique quantique, à l’informatique avancée et à la cybersécurité.

L’accent est également mis sur la formation d’une main-d’œuvre hautement qualifiée, considérée comme une condition indispensable à l’émergence d’un véritable écosystème africain du quantique.

L’UNECA préconise par ailleurs de concentrer les investissements sur des applications à fort potentiel économique, notamment les communications sécurisées, la science des matériaux et les infrastructures numériques critiques.

Avec une population jeune, une adoption croissante des technologies numériques et un écosystème d’innovation en expansion, l’institution régionale estime que l’Afrique dispose de plusieurs atouts pour participer à cette nouvelle phase de transformation technologique mondiale.

Lire aussi:

Les technologies de « frontière » pourraient redessiner la croissance africaine (1ère partie)

L'Internet des objets en Afrique : un potentiel de 20 milliards de dollars encore sous-exploité (2e partie)

Blockchain en Afrique : des usages en plein essor, un potentiel encore sous-exploité (3e partie)

Santé, agriculture, industrie : l’essor de la biotechnologie africaine chiffré à 138 milliards $ (4e partie)

Entre richesse minière et déficit infrastructurel, l'Afrique cherche sa voie dans la révolution électrique (5e partie)

Solaire, éolien, hydrogène : le potentiel énergétique africain menacé par un financement trop cher (6e partie)

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