Commerce agentique : ce que l'achat par intelligence artificielle changera pour l'Afrique

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Des assistants d'IA qui recherchent, comparent et paient à la place du consommateur : c'est le « troisième acte » du commerce que Visa a présenté à son forum de Paris. Derrière le concept, une mécanique précise, trois verrous à lever et une question pour le continent : comment s’y brancher.

Après le face-à-face en magasin, puis le commerce en ligne, voici venir ce que Visa appelle le troisième acte du commerce : l'ère « ambiante et agentique », où des agents d'intelligence artificielle exécutent les achats à la place du consommateur. « Dans un avenir proche, à moyen terme, des agents feront nos achats à notre place, comme consommateurs et comme entreprises. C'est en train d'arriver », a affirmé Oliver Jenkyn, président des marchés mondiaux de Visa, au forum annuel du réseau, réuni à Paris.

Un achat conclu dans la conversation (IA générative)

Concrètement, le principe est le suivant. L'utilisateur confie à un assistant d'IA, comme ChatGPT, un identifiant de paiement sécurisé, des informations sur ses préférences et des limites de dépenses. Dans ce cadre, l'agent recherche le produit, compare les offres et déclenche lui-même le paiement, sans redirection ni saisie de carte. Un voyageur pourrait ainsi laisser son assistant réserver un vol dans une enveloppe budgétaire fixée à l'avance ; une petite entreprise, laisser le sien racheter automatiquement ses consommables. L'achat se conclut « nativement dans la conversation », selon la formule employée à Paris.

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L'argument économique avancé par Visa tient dans un paradoxe. Le commerce numérique mondial pèse 4 800 milliards d'euros, mais deux achats en ligne sur trois sont abandonnés avant paiement, soit 68 % des parcours d'achat et quelque 260 milliards d'euros perdus chaque année, selon les données citées par Mehret Habteab, responsable de la plateforme et des produits du réseau. L'adoption, elle, est déjà largement engagée en amont : 84 % des consommateurs sondés par Visa utilisent un agent d'IA à un moment de leur parcours d'achat, pour rechercher ou comparer, a indiqué Tareq Muhmood, président de Visa pour la région Afrique, Moyen-Orient et Europe centrale, mais très peu le laissent encore conclure le paiement. En supprimant cette dernière friction, l'agent d'IA est censé récupérer une partie de la valeur évaporée.

La tokenisation, clé de voûte

La mécanique repose sur une brique que Visa déploie depuis 2014 : la tokenisation, qui remplace le numéro de carte par un jeton sécurisé, dynamique plutôt que fixe. Selon les données VisaNet présentées lors du forum, 60 à 70 % des transactions en ligne via Visa sont aujourd'hui tokenisées, avec un objectif de 100 % à l'horizon 2030, pour un gain mesuré de 5 % d'autorisations réussies en plus (feu vert donné par la banque du client), et de 35 % de fraude en moins. Le réseau y ajoute désormais une couche dédiée aux agents : des jetons de nouvelle génération enrichis de données de contexte, un annuaire d'agents et de marchands vérifiés comme participants légitimes, un système de notation permettant à un commerçant d'évaluer si son site est prêt pour ces nouveaux acheteurs, et un partenariat avec OpenAI pour sécuriser les paiements initiés par IA. Chaque transaction d'agent porte un identifiant propre, distinct de celui de l'utilisateur, afin que les banques sachent qui, de l'humain ou de la machine, a déclenché le paiement.

Trois verrous à lever

Trois verrous retardent toutefois le mouvement, a reconnu Oliver Jenkyn : la technologie, encore en construction ; la psychologie du consommateur, qui accepte volontiers qu'un agent recommande mais hésite à le laisser payer ; et la responsabilité, c'est-à-dire la question de savoir qui répond d'un achat erroné, l'utilisateur, la plateforme d'IA, le marchand ou le réseau. Ce dernier point, juridique autant que technique, conditionnera l'adoption de masse. C'est sur le deuxième verrou que Visa avance son atout : dans une étude interne présentée à Paris, interrogés sur l'acteur auquel ils confieraient le déplacement de leur argent dans un monde d'agents, les répondants ont classé Visa en tête parmi 25 entreprises testées.

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Cette confiance revendiquée s'adosse aussi à la cybersécurité. Visa a indiqué à Paris figurer parmi la quarantaine d'entreprises d'infrastructures critiques auxquelles Anthropic, l'éditeur de l'assistant Claude, a ouvert son modèle de pointe Mythos, dont les capacités de détection de failles sont jugées trop sensibles pour une diffusion publique. Le réseau dit l'avoir éprouvé pendant plusieurs mois contre ses propres défenses, qui ont tenu, avant de publier en source ouverte une partie de son outillage de correction des vulnérabilités.

L'Afrique, épicentre du mobile money, peut-elle suivre ?

Et l'Afrique dans tout cela ? Interrogée sur le risque de voir le continent rester à l'écart d'une rupture conçue d'abord pour les marchés à forte pénétration de la carte et du e-commerce, Aminata Kane, responsable de Visa pour l'Afrique de l'Ouest et centrale, s'est montrée volontariste. « L'Afrique est déjà mieux positionnée qu'on ne le croit », a-t-elle estimé, rappelant que la plupart des fintechs du continent utilisent déjà l'intelligence artificielle, pour prévenir la fraude ou répondre à leurs clients via des chatbots. Le préalable, selon elle, est la tokenisation de l'écosystème, un chantier que Visa dit avoir engagé avec les opérateurs de mobile money et les banques de la sous-région, et lancé concrètement avec des banques au Ghana. « Le train ne passera pas devant nous », a-t-elle assuré.

La trajectoire du continent pourrait toutefois différer de celle des marchés matures. Le commerce agentique tel que présenté à Paris s'appuie sur la carte, quand l'Afrique paie d'abord par portefeuille mobile. Le continent représente les deux tiers de la valeur des transactions de mobile money dans le monde, soit environ 1 400 milliards de dollars échangés en 2025 en Afrique subsaharienne, selon la GSMA.

La capacité à adosser des jetons et des cartes virtuelles aux comptes de mobile money, comme Visa le fait déjà avec Wave, dont les comptes peuvent porter une carte virtuelle, avec Orange Money, son partenaire depuis fin 2025, ou à travers des fintechs émettrices comme l'ivoirienne Djamo, déterminera si les agents d'IA pourront, demain, régler un commerçant de Cotonou ou de Nairobi aussi simplement qu'un site marchand américain. S'y ajoute une réalité de terrain : le commerce conversationnel existe déjà sur le continent, sous une forme artisanale, à travers la vente par WhatsApp, TikTok et les réseaux sociaux. L'agentique pourrait moins y créer un usage nouveau qu'industrialiser un comportement déjà installé.

Restent les échéances. Les premiers déploiements commerciaux sont engagés sur d'autres marchés de la région, et les banques s'y préparent, mais aucun calendrier africain précis n'a été communiqué à Paris. Entre la tokenisation en cours au Ghana, l'appétit déclaré des fintechs et la prudence des régulateurs, le commerce agentique africain se jouera probablement sur le rythme de trois chantiers : la sécurisation des identifiants, l'intégration du mobile money et la clarification des responsabilités. Le troisième acte du commerce est écrit ; sa version africaine reste à mettre en scène.

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